Mercredi 21 janvier 2009
3
21
/01
/Jan
/2009
15:50
En formation d’EJE, on a des cours de pédiatrie. L’un d’eux avait pour thème la MSN, mort subite du nourrisson, sujet bien glauque quand on vient d’être maman. Dans ce cours, on nous expliquait les
conduites à tenir pour réduire au maximum le risque. Température de la chambre à 19° (qu’est-ce qu’on se les pèlent), pas de couverture mais une turbulette, pas d’oreillers, pas de contour de lit,
position de couchage sur le dos (impossible pour Sohel de dormir comme ça) etc, etc,...et éviter le cododo. Ben moi je dis non, et na ! Je cododotte...
J’entends déjà des voix s’élever : “elle va pourrir son enfant...après tu pourras plus t’en sortir, il pourra pas s’endormir sans toi, il sera pas autonome...”. J’me trompe ?
En fait ses réflexions, je les connaît par coeur puisque c’est celles que j’entends à longueur de journées à la crèche. On les déroule toutes aux parents, comme un beau récit de “comment bien élever son enfant, comme on nous l’a appris à l’école”, de l’éducation pré-digérée, toute prête à l’emploi pour les parents qu’on accueille. Comme dans bien des domaines en France (et sûrement ailleurs mais j’y suis pas pour vous le dire), l’éducation, marquée par la pédiatrie, la psychologie moderne et la psychanalyse, ne se décline pas au pluriel. Vive la pensée unique ! Comme s’il n’y avait qu’une façon de faire pour être un bon parent. Alors voilà, nous on cododotte, Sohel, Jamel et moi.
Au départ, on avait acheté un petit lit side-car qui s’accroche à notre lit. Comme j’allaite, inutile de me lever 3 fois par nuit, surtout qu’une fois que mes pieds ont touchés le sol, impossible de me rendormir avant des heures. Le souci c’est que les 2 premiers mois, impossible de faire dormir Sohel dedans. Lui, il voulait être dans mes bras. Un peu compliqué...Mais bon, depuis y a du progrès. Il y dort la journée sans problème, et la nuit jusqu’à la première tétée. Ensuite il se rendort contre moi directement après avoir tété. Je pourrai ensuite le remettre dans son lit mais j’avoue qu’étant aussi passablement endormie, je calcule pas trop.
Le cododo c’est quoi ? C’est le fait de dormir avec son enfant :
- Bébé partage le lit des parents
Bébé est dans un lit side-car
Bébé est dans son lit, qui est lui-même dans la chambre des parents
Cododo à temps partiel : bébé rejoint la chambre des parents à son premier réveil de la nuit.
“Notre culture occidentale érige la séparation précoce en dogme, au mépris des besoins du petit de l’homme”, Edwige antier
Alors quelques infos sur le cododo pour sortir des habituels arguments négatifs :
Le cododo est en fait une pratique universelle : dans la majorité des pays d’Afrique et d’Asie, les enfants dorment dans la chambre parentale, ainsi qu’en Amérique du sud. En gros, il y a nous les occidentaux et le reste du monde. Mais évidemment c’est nous qui avons raison puisqu’on a le monopole de la “bonne éducation”, non ? Alors les enfants africains ou asiatiques sont-ils tous des dégénérés, accros à leurs parents, des Tanguy en puissance ?
“Dans la plupart des cultures, les jeunes enfants dorment avec leurs parents; Dormir seul est très stressant pour un jeune enfant; le fait que beaucoup pleurent en la circonstance suffit à le démontrer” Dr Michael Commons, de la Harvard Medical School (qui parle même de troubles de la personnalité et syndromes post-traumatiques chez de très jeunes enfants que l’on laisse dormir seul ou que l’on laisse pleurer)
Le bébé a un très fort besoin de proximité. Il s’agit bien d’un besoin et non d’un caprice. Quand un bébé pleure et qu’il s’arrête dès que sa mère le prend dans ses bras, certains disent que c’est un caprice, qu’il n’a rien puisqu’il s’arrête dès qu’on le prend. Alors que s’il s’arrête c’est précisément parce qu’il avait besoin de ce contact. Plusieurs psy (Spitz notamment) ont mis en évidence le fait qu’un bébé, auquel on répond à tous ses besoins physiques et physiologiques (nourriture, couche propre, pas trop chaud ni trop froid...) mais qui est privé de contact présente les symptômes de la dépression (appelée hospitalisme dans l’observation Spitzienne). Un bébé a besoin du contact corporel, d’être porté.
Il faut bien se représenter un peu ce que vit le nouveau-né pour comprendre comment l’expérience de se trouver seul dans une chambre peut être source de “traumatisme”. Le bébé vit 9 mois à 37,5°, totalement contenu dans la poche des eaux, enveloppé, vivant au rythme des pas, de la respiration et du rythme cardiaque de sa mère, dans la pénombre, avec pour bruitage le corps de sa mère ainsi que sa voix. Le voilà d’un coup propulsé dans la vie extra-utérine, où il ne retrouve plus rien de commun avec ce qu’il vivait jusque là. Il fait froid, il y a de la lumière qui lui pique les yeux, les bruits de la vie sont bien différents et plus “agressifs”, et surtout il n’est plus contenu. Il tend les bras et rien ne l’entoure...sauf sa mère lorsqu’elle le prend dans ses bras. Il retrouve alors un peu de sa vie d’avant l’accouchement, ce qui généralement le rassure instantanément. Que peut-il bien ressentir lorsqu’il se réveille dans la nuit, dans la pénombre et que ses parents ne sont pas à côté de lui ? Bien souvent, il pleure pour appeler à la rescousse (“sortez-moi de là !”).
“Qu’est-ce qu’on apprend à un bébé qu’on laisse pleurer seul la nuit pour qu’il apprenne à faire ses nuits ? On lui apprend à se taire, on lui apprend à se résigner, à ne pas faire confiance à l’adulte pour répondre à ses besoins”
Et la MSN ? Personnellement je pense que mon bébé est bien plus en sécurité en dormant à côté de moi que dans une chambre isolée. J’entends sa respiration et je suis plus à même de répondre à ses besoins. La MSN à de multiples causes (tabagisme des parents, position de sommeil, maladies métaboliques...) mais c’est aussi un trouble du mécanisme d’éveil. Normalement, lorsqu'une apnée est trop prolongée, un mécanisme se déclenche qui fait qu’on se réveille. Ce mécanisme n‘est pas encore au point chez le bébé du fait de son immaturité. Or, les bébés sont spontanément en apnée plusieurs fois par nuit. Le cododo rend les parents plus attentifs aux signaux de détresse de leur enfant. Si Sohel était dans sa chambre, il y a certainement de nombreux bruits que je n’entendrait même pas (succion, claquement de langue...mais aussi détresse s’il y a). Une maman raconte d’ailleurs qu’une nuit sa fille s’est mise à gesticuler, se tordre mais sans faire trop de bruit. La maman a allumée la lumière et a vue sa fille s’étouffer, son visage couvert de mousse blanche qui lui sortait par la bouche et les narines. Que se serait-il passé si sa fille avait était dans une chambre séparée ?
Les chiffres : des MSN il y en a en cododo et également lorsque l’enfant dort dans sa chambre. On incrimine beaucoup le cododo mais en réalité les morts subites sont rarissimes dans le lit parental (3%). Et lorsqu’elles y on lieues, il n’est jamais précisé dans les stats si l’un des parents était fumeur, avait bu ou pris des médicaments. Quand à l’argument “vous risquez de l’étouffer”, on voit bien que les gens qui balancent cet argument n’ont jamais essayer de dormir avec leur bébé. Je ne croit pas que l’on puisse étouffer son bébé parce que la vigilance n’est pas la même, le sommeil n’est pas le même (hors prise d’alcool ou de médocs).
Et l’autonomie ? Ah, la sacro-sainte autonomie que nos bébés doivent prendre dès qu’ils sortent du ventre. A peine extirpé qu’ “allez ouste, file dans ta chambre!”. Pourtant les pourfendeurs de cet argument feraient mieux de relire un peu Bowlby, Montagner et compagnie (théoriciens de l’attachement), ils y découvriraient que ce n’est que lorsque les besoins de proximité sont satisfaits qu’un individu peut s’éloigner de sa figure d’attachement pour explorer le monde extérieur. L’autonomie ça ne s’éduque pas, c’est un processus naturel, intimement lié à la relation parents-bébé. Penser que c’est en laissant son bébé dans une chambre séparée, en le laissant pleurer pour qu’il “apprenne” à s’endormir, qu’on va le rendre autonome est une aberration. Certains diront que c’est précisément ce qu’ils ont fait et que ça a marché : certes il est possible que l’enfant ait fini par arrêter de pleurer et s’endormir mais quelles en sont les conséquences sur sa construction, sa confiance en l’adulte, son état d’angoisse...Ce n’est pas parce que ça marche que c’est adapté. Aucune étude n’a été entreprise pour évaluer le niveau de stress vécu par un bébé qu’on laisse pleurer, ou pour en évaluer l’impact psychologique et émotionnel à long terme*.
“Certains me disent que je suis devenue le doudou de Léonard; cela me fait rire, car n’est-il pas normal que la mère soit le doudou, plutot que le doudou un substitut maternel ?”
Le cododo, oui mais pas n’importe comment
Certaines règles sont à respecter pour assurer la sécurité de bébé.
L’UNICEF du royaume-Uni a publié en collaboration avec la Foundation for the Study of Infant Deaths une brochure intitulée “Sharing a bed with your baby”**.
La brochure dit “ Il est recommandé que votre bébé soit dans la même pièce que vous, au
moins pendant les six premiers mois, car ceci facilite l'allaitement et protège contre la mort subite du nourrisson.” Ensuite, la brochure précise quand ne pas dormir avec son bébé :
si vous êtes fumeurs
Si vous avez consommé de l'alcool
Si vous avez pris de la drogue ou un médicament qui pourrait vous rendre très somnolent
Si vous avez une maladie qui affecte votre attention à votre bébé
Si vous êtes anormalement fatiguée, à tel point qu'il vous est difficile de répondre à votre bébé.
Il est aussi plus sûr de ne pas partager le lit les premiers mois si votre bébé est né prématurément ou de petit poids, ou s'il a de la fièvre.
A ces conditions s’ajoute évidemment toutes les préconisations de température, qualité du matelas (ferme),...
Petit aparté sur les pleurs de bébé
L’association australienne pour la santé mentale infantile a édité une déclaration en 2002, dans laquelle elle s’inquiète de la “tendance actuelle, dans les pays industrialisés, à vouloir contrôler les pleurs des jeunes enfants”. L’AASMI y décrit les tactiques pour que les bébés pleurent moins (ne pas se lever la nuit pour que bébé apprenne à s’endormir, laisser bébé pleurer de plus en plus longtemps avant de venir le chercher...) comme ne correspondant pas aux besoins émotionnels et psychologiques des jeunes enfants et pouvant avoir des conséquences négatives à long terme sur leur santé psychologique. L’AASMI explique ensuite ce que sont les pleurs des bébés (signal de détresse, angoisse du 8ème mois, rôle de la permanence de l’objet sur l’angoisse...) et comment y répondre.
Morceaux choisis :
“Les pratiques parentales destinées à assurer aux parents une bonne nuit de sommeil ne doivent pas nuire à la santé émotionnelle de l’enfant ou compromettre son développement mental.”
“Les parents doivent être rassurés sur le fait que répondre immédiatement aux pleurs du bébé ne risque pas de lui donner de mauvaises habitudes”.
“Le fait qu’un bébé ou un jeune enfant se réveille la nuit peut être dû à l’anxiété générée par la solitude. Dormir avec les parents ou près d’eux est une bonne option, qui permet souvent une bonne nuit de sommeil”.
“Les bébés doivent s’adapter à un monde totalement nouveau, et même de petites choses aux yeux des adultes peuvent être très difficiles à vivre pour eux. Laisser un bébé pleurer sans lui apporter de réconfort, même pendant une courte période, peut être très angoissant pour lui. Entraîner un jeune enfant à ne pas pleurer pourra effectivement amener un enfant à ne plus pleurer. Mais cela pourra aussi lui apprendre qu’il ne peut espérer aucune aide lorsqu’il en a besoin”.
Enfin, je vous propose un extrait de la préface du livre “Partager le sommeil de son enfant”, écrite par Edwige Antier :
“Notre culture occidentale érige la séparation précoce en dogme, au mépris des besoins du petit de l’homme, qui a une maturité longue à établir. Les bras de ses parents pour s’endormir, leur présence rassurante sont nécessaires pour lui donner cette base affective de sécurité qui lui permet de se remettre de tous les efforts et de toutes les angoisses de la journée. C’est cette réassurance qui permet à ses neurones de se recharger et de le rendre frais et dispo, optimiste et radieux, le lendemain, pour la grande vie.
Mais on vous culpabilise d’endormir votre enfant près de vous parce que dans notre société, les enfants dérangent-même si nous les noyons sous une avalanche de gadgets en plastique. Nous sommes extrêmement pressés qu’ils s’endorment seuls, nous laissant une soirée de détente entre la vie professionnelle et la vie de la nuit.
Pourtant dans toutes les coutumes, les enfants petits ont besoin de la présence de leurs parents pour s’apaiser avant d’entrer en sommeil. On vous promet les pires catastrophes si vous permettez à votre enfant de s’endormir dans votre lit ; mais si tous les petits Asiatiques et tous les petits Africains étaient pervers ou manquaient d’autonomie, du fait qu’ils dorment avec leurs parents, cela se saurait ! Profitez de cette dépendance des premières années, vous regretterez ce temps lorsqu’à l'adolescence, il partira par la porte de la cuisine pendant que vous dormirez !
“Mais est-ce que je ne risque pas de l’étouffer, Docteur ?” C’est votre grande crainte, et l’argument massue des séparateurs d’enfants. Dans l’aversion que l’on porte, au plan sociologique, contre le “dormir ensemble”, on en vient à incriminer ce sommeil partagé dans les morts subites - arme suprême pour faire peur aux parents - alors qu’au contraire, elles sont rarissimes dans le lit parental ! Bien sûr, il faut prendre des précautions : pas de couette recouvrante, pas de somnifères, pas d’alcool, avoir tout simplement une vigilance de parent bien portant. Et alors, les malaises de bébé sont justement bien plus rares quand il dort dans votre lit. Car si vous, vous avez besoin de l’entendre dormir (et vous vous équipez de capteurs de sons tout en l'éloignant), lui aussi a besoin d’entendre maman bouger, papa ronfler : voilà qui stimule sa vigilance et raccourcit ses pauses respiratoires !
Priver votre enfant de la réassurance que lui apporte le “co-sleeping” n’est pas sans conséquences pour sa vie psychique. Laisser pleurer un bébé pour s’endormir, ou lorsqu’il se réveille, est une attitude extrêmement cruelle, au moins jusqu’à 4 ans.
Et lorsque l’on parle de l’importance qu’il y a à savoir se séparer de ses parents et respecter leur vie privée, ce n’est vrai que lorsque “le complexe d’Oedipe” commence à se résoudre, c’est à dire dans la quatrième année. Là, en effet, il devient important de bien savoir dire à votre enfant que vous avez besoin d’être “tranquille” (mot qu’il comprend très bien), avec son autre parent.
Quant à la soi-disant fatigue que vous pourriez ressentir à garder votre enfant la nuit, soyons réalistes : il est moins fatiguant de s’endormir avec son enfant sereinement que de le ramener 14 fois dans sa chambre ou de le laisser hurler ! “
Pour aller plus loin :
http://cododo.free.fr/cadre.htm
*AASMI (AAIMH en anglais)
**Pour obtenir le document en pdf (traduit en français): http://www.babyfriendly.org.uk/items/resource_detail.asp?item=381&nodeid=
Sources : “Partager le sommeil de son enfant”, Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau ; internet.
J’entends déjà des voix s’élever : “elle va pourrir son enfant...après tu pourras plus t’en sortir, il pourra pas s’endormir sans toi, il sera pas autonome...”. J’me trompe ?
En fait ses réflexions, je les connaît par coeur puisque c’est celles que j’entends à longueur de journées à la crèche. On les déroule toutes aux parents, comme un beau récit de “comment bien élever son enfant, comme on nous l’a appris à l’école”, de l’éducation pré-digérée, toute prête à l’emploi pour les parents qu’on accueille. Comme dans bien des domaines en France (et sûrement ailleurs mais j’y suis pas pour vous le dire), l’éducation, marquée par la pédiatrie, la psychologie moderne et la psychanalyse, ne se décline pas au pluriel. Vive la pensée unique ! Comme s’il n’y avait qu’une façon de faire pour être un bon parent. Alors voilà, nous on cododotte, Sohel, Jamel et moi.
Au départ, on avait acheté un petit lit side-car qui s’accroche à notre lit. Comme j’allaite, inutile de me lever 3 fois par nuit, surtout qu’une fois que mes pieds ont touchés le sol, impossible de me rendormir avant des heures. Le souci c’est que les 2 premiers mois, impossible de faire dormir Sohel dedans. Lui, il voulait être dans mes bras. Un peu compliqué...Mais bon, depuis y a du progrès. Il y dort la journée sans problème, et la nuit jusqu’à la première tétée. Ensuite il se rendort contre moi directement après avoir tété. Je pourrai ensuite le remettre dans son lit mais j’avoue qu’étant aussi passablement endormie, je calcule pas trop.
Le cododo c’est quoi ? C’est le fait de dormir avec son enfant :
- Bébé partage le lit des parents
Bébé est dans un lit side-car
Bébé est dans son lit, qui est lui-même dans la chambre des parents
Cododo à temps partiel : bébé rejoint la chambre des parents à son premier réveil de la nuit.
“Notre culture occidentale érige la séparation précoce en dogme, au mépris des besoins du petit de l’homme”, Edwige antier
Alors quelques infos sur le cododo pour sortir des habituels arguments négatifs :
Le cododo est en fait une pratique universelle : dans la majorité des pays d’Afrique et d’Asie, les enfants dorment dans la chambre parentale, ainsi qu’en Amérique du sud. En gros, il y a nous les occidentaux et le reste du monde. Mais évidemment c’est nous qui avons raison puisqu’on a le monopole de la “bonne éducation”, non ? Alors les enfants africains ou asiatiques sont-ils tous des dégénérés, accros à leurs parents, des Tanguy en puissance ?
“Dans la plupart des cultures, les jeunes enfants dorment avec leurs parents; Dormir seul est très stressant pour un jeune enfant; le fait que beaucoup pleurent en la circonstance suffit à le démontrer” Dr Michael Commons, de la Harvard Medical School (qui parle même de troubles de la personnalité et syndromes post-traumatiques chez de très jeunes enfants que l’on laisse dormir seul ou que l’on laisse pleurer)
Le bébé a un très fort besoin de proximité. Il s’agit bien d’un besoin et non d’un caprice. Quand un bébé pleure et qu’il s’arrête dès que sa mère le prend dans ses bras, certains disent que c’est un caprice, qu’il n’a rien puisqu’il s’arrête dès qu’on le prend. Alors que s’il s’arrête c’est précisément parce qu’il avait besoin de ce contact. Plusieurs psy (Spitz notamment) ont mis en évidence le fait qu’un bébé, auquel on répond à tous ses besoins physiques et physiologiques (nourriture, couche propre, pas trop chaud ni trop froid...) mais qui est privé de contact présente les symptômes de la dépression (appelée hospitalisme dans l’observation Spitzienne). Un bébé a besoin du contact corporel, d’être porté.
Il faut bien se représenter un peu ce que vit le nouveau-né pour comprendre comment l’expérience de se trouver seul dans une chambre peut être source de “traumatisme”. Le bébé vit 9 mois à 37,5°, totalement contenu dans la poche des eaux, enveloppé, vivant au rythme des pas, de la respiration et du rythme cardiaque de sa mère, dans la pénombre, avec pour bruitage le corps de sa mère ainsi que sa voix. Le voilà d’un coup propulsé dans la vie extra-utérine, où il ne retrouve plus rien de commun avec ce qu’il vivait jusque là. Il fait froid, il y a de la lumière qui lui pique les yeux, les bruits de la vie sont bien différents et plus “agressifs”, et surtout il n’est plus contenu. Il tend les bras et rien ne l’entoure...sauf sa mère lorsqu’elle le prend dans ses bras. Il retrouve alors un peu de sa vie d’avant l’accouchement, ce qui généralement le rassure instantanément. Que peut-il bien ressentir lorsqu’il se réveille dans la nuit, dans la pénombre et que ses parents ne sont pas à côté de lui ? Bien souvent, il pleure pour appeler à la rescousse (“sortez-moi de là !”).
“Qu’est-ce qu’on apprend à un bébé qu’on laisse pleurer seul la nuit pour qu’il apprenne à faire ses nuits ? On lui apprend à se taire, on lui apprend à se résigner, à ne pas faire confiance à l’adulte pour répondre à ses besoins”
Et la MSN ? Personnellement je pense que mon bébé est bien plus en sécurité en dormant à côté de moi que dans une chambre isolée. J’entends sa respiration et je suis plus à même de répondre à ses besoins. La MSN à de multiples causes (tabagisme des parents, position de sommeil, maladies métaboliques...) mais c’est aussi un trouble du mécanisme d’éveil. Normalement, lorsqu'une apnée est trop prolongée, un mécanisme se déclenche qui fait qu’on se réveille. Ce mécanisme n‘est pas encore au point chez le bébé du fait de son immaturité. Or, les bébés sont spontanément en apnée plusieurs fois par nuit. Le cododo rend les parents plus attentifs aux signaux de détresse de leur enfant. Si Sohel était dans sa chambre, il y a certainement de nombreux bruits que je n’entendrait même pas (succion, claquement de langue...mais aussi détresse s’il y a). Une maman raconte d’ailleurs qu’une nuit sa fille s’est mise à gesticuler, se tordre mais sans faire trop de bruit. La maman a allumée la lumière et a vue sa fille s’étouffer, son visage couvert de mousse blanche qui lui sortait par la bouche et les narines. Que se serait-il passé si sa fille avait était dans une chambre séparée ?
Les chiffres : des MSN il y en a en cododo et également lorsque l’enfant dort dans sa chambre. On incrimine beaucoup le cododo mais en réalité les morts subites sont rarissimes dans le lit parental (3%). Et lorsqu’elles y on lieues, il n’est jamais précisé dans les stats si l’un des parents était fumeur, avait bu ou pris des médicaments. Quand à l’argument “vous risquez de l’étouffer”, on voit bien que les gens qui balancent cet argument n’ont jamais essayer de dormir avec leur bébé. Je ne croit pas que l’on puisse étouffer son bébé parce que la vigilance n’est pas la même, le sommeil n’est pas le même (hors prise d’alcool ou de médocs).
Et l’autonomie ? Ah, la sacro-sainte autonomie que nos bébés doivent prendre dès qu’ils sortent du ventre. A peine extirpé qu’ “allez ouste, file dans ta chambre!”. Pourtant les pourfendeurs de cet argument feraient mieux de relire un peu Bowlby, Montagner et compagnie (théoriciens de l’attachement), ils y découvriraient que ce n’est que lorsque les besoins de proximité sont satisfaits qu’un individu peut s’éloigner de sa figure d’attachement pour explorer le monde extérieur. L’autonomie ça ne s’éduque pas, c’est un processus naturel, intimement lié à la relation parents-bébé. Penser que c’est en laissant son bébé dans une chambre séparée, en le laissant pleurer pour qu’il “apprenne” à s’endormir, qu’on va le rendre autonome est une aberration. Certains diront que c’est précisément ce qu’ils ont fait et que ça a marché : certes il est possible que l’enfant ait fini par arrêter de pleurer et s’endormir mais quelles en sont les conséquences sur sa construction, sa confiance en l’adulte, son état d’angoisse...Ce n’est pas parce que ça marche que c’est adapté. Aucune étude n’a été entreprise pour évaluer le niveau de stress vécu par un bébé qu’on laisse pleurer, ou pour en évaluer l’impact psychologique et émotionnel à long terme*.
“Certains me disent que je suis devenue le doudou de Léonard; cela me fait rire, car n’est-il pas normal que la mère soit le doudou, plutot que le doudou un substitut maternel ?”
Le cododo, oui mais pas n’importe comment
Certaines règles sont à respecter pour assurer la sécurité de bébé.
L’UNICEF du royaume-Uni a publié en collaboration avec la Foundation for the Study of Infant Deaths une brochure intitulée “Sharing a bed with your baby”**.
La brochure dit “ Il est recommandé que votre bébé soit dans la même pièce que vous, au
moins pendant les six premiers mois, car ceci facilite l'allaitement et protège contre la mort subite du nourrisson.” Ensuite, la brochure précise quand ne pas dormir avec son bébé :
si vous êtes fumeurs
Si vous avez consommé de l'alcool
Si vous avez pris de la drogue ou un médicament qui pourrait vous rendre très somnolent
Si vous avez une maladie qui affecte votre attention à votre bébé
Si vous êtes anormalement fatiguée, à tel point qu'il vous est difficile de répondre à votre bébé.
Il est aussi plus sûr de ne pas partager le lit les premiers mois si votre bébé est né prématurément ou de petit poids, ou s'il a de la fièvre.
A ces conditions s’ajoute évidemment toutes les préconisations de température, qualité du matelas (ferme),...
Petit aparté sur les pleurs de bébé
L’association australienne pour la santé mentale infantile a édité une déclaration en 2002, dans laquelle elle s’inquiète de la “tendance actuelle, dans les pays industrialisés, à vouloir contrôler les pleurs des jeunes enfants”. L’AASMI y décrit les tactiques pour que les bébés pleurent moins (ne pas se lever la nuit pour que bébé apprenne à s’endormir, laisser bébé pleurer de plus en plus longtemps avant de venir le chercher...) comme ne correspondant pas aux besoins émotionnels et psychologiques des jeunes enfants et pouvant avoir des conséquences négatives à long terme sur leur santé psychologique. L’AASMI explique ensuite ce que sont les pleurs des bébés (signal de détresse, angoisse du 8ème mois, rôle de la permanence de l’objet sur l’angoisse...) et comment y répondre.
Morceaux choisis :
“Les pratiques parentales destinées à assurer aux parents une bonne nuit de sommeil ne doivent pas nuire à la santé émotionnelle de l’enfant ou compromettre son développement mental.”
“Les parents doivent être rassurés sur le fait que répondre immédiatement aux pleurs du bébé ne risque pas de lui donner de mauvaises habitudes”.
“Le fait qu’un bébé ou un jeune enfant se réveille la nuit peut être dû à l’anxiété générée par la solitude. Dormir avec les parents ou près d’eux est une bonne option, qui permet souvent une bonne nuit de sommeil”.
“Les bébés doivent s’adapter à un monde totalement nouveau, et même de petites choses aux yeux des adultes peuvent être très difficiles à vivre pour eux. Laisser un bébé pleurer sans lui apporter de réconfort, même pendant une courte période, peut être très angoissant pour lui. Entraîner un jeune enfant à ne pas pleurer pourra effectivement amener un enfant à ne plus pleurer. Mais cela pourra aussi lui apprendre qu’il ne peut espérer aucune aide lorsqu’il en a besoin”.
Enfin, je vous propose un extrait de la préface du livre “Partager le sommeil de son enfant”, écrite par Edwige Antier :
“Notre culture occidentale érige la séparation précoce en dogme, au mépris des besoins du petit de l’homme, qui a une maturité longue à établir. Les bras de ses parents pour s’endormir, leur présence rassurante sont nécessaires pour lui donner cette base affective de sécurité qui lui permet de se remettre de tous les efforts et de toutes les angoisses de la journée. C’est cette réassurance qui permet à ses neurones de se recharger et de le rendre frais et dispo, optimiste et radieux, le lendemain, pour la grande vie.
Mais on vous culpabilise d’endormir votre enfant près de vous parce que dans notre société, les enfants dérangent-même si nous les noyons sous une avalanche de gadgets en plastique. Nous sommes extrêmement pressés qu’ils s’endorment seuls, nous laissant une soirée de détente entre la vie professionnelle et la vie de la nuit.
Pourtant dans toutes les coutumes, les enfants petits ont besoin de la présence de leurs parents pour s’apaiser avant d’entrer en sommeil. On vous promet les pires catastrophes si vous permettez à votre enfant de s’endormir dans votre lit ; mais si tous les petits Asiatiques et tous les petits Africains étaient pervers ou manquaient d’autonomie, du fait qu’ils dorment avec leurs parents, cela se saurait ! Profitez de cette dépendance des premières années, vous regretterez ce temps lorsqu’à l'adolescence, il partira par la porte de la cuisine pendant que vous dormirez !
“Mais est-ce que je ne risque pas de l’étouffer, Docteur ?” C’est votre grande crainte, et l’argument massue des séparateurs d’enfants. Dans l’aversion que l’on porte, au plan sociologique, contre le “dormir ensemble”, on en vient à incriminer ce sommeil partagé dans les morts subites - arme suprême pour faire peur aux parents - alors qu’au contraire, elles sont rarissimes dans le lit parental ! Bien sûr, il faut prendre des précautions : pas de couette recouvrante, pas de somnifères, pas d’alcool, avoir tout simplement une vigilance de parent bien portant. Et alors, les malaises de bébé sont justement bien plus rares quand il dort dans votre lit. Car si vous, vous avez besoin de l’entendre dormir (et vous vous équipez de capteurs de sons tout en l'éloignant), lui aussi a besoin d’entendre maman bouger, papa ronfler : voilà qui stimule sa vigilance et raccourcit ses pauses respiratoires !
Priver votre enfant de la réassurance que lui apporte le “co-sleeping” n’est pas sans conséquences pour sa vie psychique. Laisser pleurer un bébé pour s’endormir, ou lorsqu’il se réveille, est une attitude extrêmement cruelle, au moins jusqu’à 4 ans.
Et lorsque l’on parle de l’importance qu’il y a à savoir se séparer de ses parents et respecter leur vie privée, ce n’est vrai que lorsque “le complexe d’Oedipe” commence à se résoudre, c’est à dire dans la quatrième année. Là, en effet, il devient important de bien savoir dire à votre enfant que vous avez besoin d’être “tranquille” (mot qu’il comprend très bien), avec son autre parent.
Quant à la soi-disant fatigue que vous pourriez ressentir à garder votre enfant la nuit, soyons réalistes : il est moins fatiguant de s’endormir avec son enfant sereinement que de le ramener 14 fois dans sa chambre ou de le laisser hurler ! “
Pour aller plus loin :
http://cododo.free.fr/cadre.htm
*AASMI (AAIMH en anglais)
**Pour obtenir le document en pdf (traduit en français): http://www.babyfriendly.org.uk/items/resource_detail.asp?item=381&nodeid=
Sources : “Partager le sommeil de son enfant”, Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau ; internet.